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16 décembre 2015

Revue de l'année 2015 : Hip-Hop

La musique se porte toujours du mieux qu'elle peut à tous les moments, tout le temps. Ici, le meilleur du meilleur tout le temps de 2015, selon nos spécialistes hip-hop : Hip-Hop CaféOn prend toujours un microRythmologie et Ghetto érudit.

Sam Rick et Olivier Brault / Hip-Hop Café

VeerusBogota ft. 3010 : La rareté crée l’envie, une devise que l'emcee Veerus de Dunkerque (cette commune de la région du Nord-Pas-De-Calais en France) a bien saisi, lui qui nous a offert son EP Visions le limitant à 500 copies l'été dernier. L'artiste nous dépeint ici sa vision du quotidien au côté du rappeur 3010, avec cette allusion planante à Bogota. Bien que l’oeuvre d'art en son entier soit disparu dans les méandres de la toile, Hip-Hop Café Radio avait prévu le coup en préservant le bijou le plus étincelant de cette boîte de Pandore, via sa page connexe « Explorap ».

Ultra Magnus & DJ SLAM! - Bill Clinton : L'hymne canadien par excellence 2k15 est de provenance torontoise et cri au scandale avec ce clin d'oeil sans prétention aux anciennes bévues liées à la consommation de drogues de Bill Clinton et de l'ex-maire Rob Ford. Le rappeur multi-syllabique Ultra Magnus et le producteur DJ SLAM! de l'étiquette Hand'Solo Records nous ont offert leur tout premier album studio : The Raw, l'amuse-gueule qu'il vous faut absolument. Sur ce, imaginons déjà notre Justin Trudeau national scander ce Bill Bill Bill Bill Clinton on y'all!

RezinskyCaligula : Rezinsky ou Rezinshit, cette fusion schizophrénique entre l'étoile filante Pepso Stavinsky et son beatmaker ReZo, est définitivement la découverte bretonne de l'année à Hip-Hop Café Radio avec leur excellent EP Les Hérétiques. Rire, étonnement et dégoût par intermittence, l'empirique titre Caligula vous transportera et vous choquera par son atmosphère brutale, provocante, obsessive et spontanée.
Goûtons ensemble à cette luxure. L'ancienne émission Les Impromptus de Sam Rick avait d'ailleurs reçu Pepso en entrevue et prestation sur nos ondes : https://soundcloud.com/explorap/cism-893fm-edition-du-21-aout-2015-interviewperformance-avec-pepso-stavinsky-rezinsky

Les Gens D'AirKilimanjaro ft. Stella Jetté : L'accouplement inattendu de l'année dans le rap québécois s'est effectuée en haute voltige avec Les Gens D'Air, ce duo montréalais formé des emcee/producteur Aspect Mendoza & El Cotola. Les deux vétérans, aux carrière respectives, ont combiné leur force et se sont avérés les plus prolifiques du game avec deux sorties de qualité; l'EP Sous-Estimés en avril et leur album Les Gens D'Air le mois dernier. Suivez de près leur ascension au sommet (de ce que vous voulez) d'ici les prochaines années!

The PosterzBulalay (Welcome To The Junga) : Montréal, c’est devenu la jungle, et les jeunes mammifères du trio anglophone The Posterz vous y convient sans vous avoir réellement lancé d’invitation, davantage préoccupés à préserver cet équilibre entre leurs tribulations quotidiennes et leur confort dans la Junga urbaine. Avec ce second projet Junga EP et toute l'attention médiatique reçu de la part de nombreux blogs spécialisés américains, une belle suite semble se dessiner pour The Posterz, qui nous présentent ici un produit esthétique soigné, destiné à transcender aisément les frontières locales montréalaises.

Riff Tabaracci / On prend toujours un micro

5 Illa JIlla J : le Montréalais d’adoption prouve avec cet album qu’il est beaucoup plus que le frère de l’autre. Son flow polyvalent lui permet d’arpenter avec finesse les élans neo-soul bien ficelés du duo montréalo-vancouvérois Potatohead People.

4 DrakeIf You’re Reading This It’s Too Late : Considérant sa qualité de grande envergure, cet opus de Drake s’apparente beaucoup plus à un album qu’à une simple mixtape, comme son créateur le sous-entend. On y a apprend notamment que, dans le temps, Drake faisait des fraudes téléphoniques pour faire du cash (sur Star67).

3 Vince StaplesSummertime ’06 : Après un Hell Can Wait d’ampleur considerable, le rappeur californien a remis ça avec un premier album solo de haute voltige cette année. Creusant dans son passé avec beaucoup d’humilité, Staples se différencie de beaucoup de ses homologues qui, plus souvent qu’autrement, préfèrent faire du rap de surface.

2 Kendrick LamarTo Pimp A Butterfly : Ça va prendre encore beaucoup d’années pour qu’on finisse par comprendre toutes les subtilités musicales de cet album de grand génie, qui mélange hip-hop, jazz, funk, soul et R&B. Nouvelle figure emblématique incontestée du hip-hop américain, Lamar prend son rôle au sérieux et livre des textes incroyables. 

1 Les Nouveaux ProphètesLes Nouveaux Prophètes : Afin de souligner le 16e anniversaire de cet album culte, pas le choix de le mettre au top du classement hip-hop, peu importe l’année. Réunion mythique entre Psy (Didier Lucien), Dunky Shot (Martin Petit) et Mc Hot Chicken (Paul Dubé de LAYMEN TWAIST), les Nouveaux Prophètes continuent encore et toujours à définir le son du hip-hop québécois, grâce à ce seul et unique album dont on a encore trop peu de traces.
Merci à l’utilisateur 837256218 pour avoir mis cet extrait sur Youtube. «Pourquoi la fin serait cruelle et sans lumière?» y questionne notamment Dunky Shot d’une façon ultimement DEEP.

Étienne Champagne / Rythmologie

2015 en quelques déclinaisons rythmiques : 
Parfois abrasifs, tantôt sucrés, toujours entraînants, les morceaux proposés à Rythmologie constituent un heureux mélange où se juxtaposent une plénitude de genres dont le dénominateur commun repose dans la communion entre une ligne de basse bien grasse et un coup de grosse caisse assez lourd pour faire avancer une voiture.   
Difficile d'établir un liste succincte et juste quand l'année se résume à l'écoute de plusieurs centaines d'albums, de EPs, de simples, ainsi que de milliers de pièces aux couleurs différentes.  Exercice ardu, mais fort gratifiant, voici quelques faits d'armes de l'année 2015 à l'émission :  

L'Incontournable :  au sommet de plusieurs listes, To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar m'a renversé dès la première écoute et me procure toujours la même jouissance auditive. En mars, j'écrivais ceci à propos de ce bijou :  
« Kendrick Lamar is on some groundbreaking shit : The Hip Hop Messiah! Kendrick bâtit un univers mystique où il croise les grands leaders des droits civiques afro-américains en citant les Luther King, Malcom X, Marcus Garvey tout en rappellant la rhéthorique des Last Poets, Public Enemy, Bob Dylan, Bruce Springsteen en se faisant un critique du système américain où règne les nombreuses inégalités entre citoyens, entre les diverses communautés ethno-culturelles. La première écoute insuffle des ondes magiques dans mes oreilles, me transportant à la rencontre des grandes musiques afro-américaines des cinquantes dernières années : jazz spirituel à la John Coltrane, P-Funk, G-Funk, Rock, Boom Bap East Coast à la Tribe Called Quest et j'en passe... Jouissif! ».  

Le premier de classe :  Originaire de South London et tirant son nom d'artiste du scientique ayant redonné vie aux dinosaures dans Jurassic Park, Henry Wu ressuscite les années de gloire de la scène Broken Beat de West London en mariant savamment Jazz, Funk, Hip-Hop et House dans un tout atmosphérique et ethéré où se croisent sensualité et danse.  Auteur de cinq maxis des plus efficaces, le jeune réalisateur constitue un des artistes les plus  consistants de la dernière année : 

Le virtuose : The Epic de Kamasi Washington nous plonge dans la grande épopée du Jazz Spirituel dans la veine des John Coltrane, Pharoah Sanders et Archie Shepp : incursions Be-Bop, orchestrations et chaudes voix gospels caractérisent le triple cd du saxophoniste de Flying Lotus et de Kendrick Lamar. 



Le héros local :  natif de Détroit et résidant de Montréal,  IIla j, avec l'aide du duo Potatohead People à la réalisation, de Moka Only au micro et de quelques autres collaborateurs, concocta un des albums que j'ai le plus écouté dans les derniers mois.   Sans renouveller le genre, le jeune Yancey propose un homogène mélange de Rap et de Soul où se croisent Boom-Bap jazzy, G-Funk sidéral (en compagnie de Kaytranada), Boogie de patins à roulettes et même House organique.  L'album témoigne des grandes qualités de musicien du frangin du monumental J Dilla et laisse aussi entrevoir de grandes choses dans le futur. 



L'omniprésent : révélé au grand public pour avoir posé sa voix sur quelques morceaux du Compton de Dr. Dre, Anderson .Paak fut sans conteste l'artiste démontrant l'une des plus grandes visibilités des douze derniers mois comme en fait foi ses collaborations avec Madlib, Knxwledge, Tokimonsta, Busdriver, The Game, Jon Wayne, White Boiz et Blended Babies.  Avec la sortie de l'album Malibu en 2016, le chanteur se retrouvera probablement au sommet des palmarès en 2016 avec un triomphe similaire à celui de Frank Ocean en 2012. 

Louis-David Anzueto / Ghetto érudit

Les Gens d’airs – Les gens d’air : L’un des meilleurs beatmaker au Québec avec un des rappeurs les plus sous-estimés! Gros projet!

Toast Dawg – Brazivillain II : La continuité du premier volet aux inspirations brésiliennes de Naes mais encore mieux peaufinée. La version revisitée regroupe également d’excellents MC’s.

Monk.E – Esclavage, exode et renaissance : Un album qui couvre large, avec de bonnes mélodies, de bonnes collaborations et des textes réfléchis.

Kendrick Lamar – To pimp a butterfly : Un des meilleurs albums à être sorti depuis très longtemps.

Freddie Gibbs – Shadow of a doubt : Flow de fou, versatilité à pouvoir ride tous les beats, excellent!

Vince Staples – Summertime ‘06 : Jeune prodige qui drop un album double comme premier opus officiel. Encadré par No-ID, ce projet ne pouvait qu’être bon!