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17 décembre 2015

Revue de l'année 2015 : Électro/Groove

La musique se porte toujours du mieux qu'elle peut à tous les moments, tout le temps. Ici, le meilleur du meilleur tout le temps de 2015, selon nos spécialistes électro et groove : Schizophrénie et L'Âme Hi-Fi.

Guillaume Nolin / Schizophrénie

Bataille Solaire - Dolby's ON : Sans concession et complètement éclaté, un album à la fine pointe de la musique expérimentale sur la planète (ou d’une autre). Étrangement groovy et écoutable.

Galerie Stratique - Rêves de béton : Les patientes explorations sonores ont cédé le pas à de courts fragments abstraits, mais le retour d’un des vétérans de la scène électronique expérimentale québécoise ne déçoit pas.

Kara-Lis Coverdale Aftertouches : Un album qui démontre une maîtrise de la synthèse sonore digne des plus grands et une inventivité hors pair. Ça promet pour la suite.

Les Amis au Pakistan - High Apothéose : Derrière les paroles absurdes enregistrées en mode « cacanne » se trouve une solide production et un sens pop expérimental comme on entend rarement au Québec.

Organ Mood - Comme si nous étions déjà libres : Un tour de force tout en synthétiseurs qui plaira à toute la famille. Quelque part entre le synth-pop, le krautrock et la musique électronique plus aventureuse, le produit final est parfaitement dosé et doté d’une forte puissance évocatrice.

Zykia Mendez / L'âme Hi-Fi

Clarence Clarity - No Now (Bella Union) :

Si nous devions n’en retenir qu’un, qu’un seul bon disque parmi les quelques dizaines qui nous ont enchantés cette année, peut-être serait-ce la découverte du 1er album du londonien Clarence Clarity.

Un disque riche, long (20 titres), intense et explosif, qui part dans tous les sens, brille de nombreux feux, tout en restant scotché à l’univers et à la personnalité de son auteur, et sans jamais perdre de vue son fil conducteur, le funk. Un funk hybride, moderne, foutraque et débraillé, dont la filiation pourrait se situer du côté d’un autre de nos disques de chevet paru lui en 2013, l’unique album du regretté The Child Of Lov (disparu quelques mois après la sortie de son disque des suites d’une maladie qui le suivait depuis tout petit). Hormis leurs teints blafards et leurs silhouettes fines, les 2 hommes ont en commun ce goût pour le décloisonnement et l’expérimentation tout en ne s’éloignant jamais d’un cadre pop dans lequel la mélodie est toujours privilégiée, brandie comme 1er vecteur de la destination proposée : la chanson de demain, lo-fi & high tech, sale & sexy, mêlée & funky.

Morceaux choisis : Buck Toothed Particle Smashers (feat. Kill J) - Those Who Can’t Cheat



BADBADNOTGOOD & Ghostface Killah - Sour Soul (Lex Records) :

Le 2ème homme de 2015 fut moins discret, il aura même été on ne peut plus présent cette année mais surtout, malgré l’enchaînement, il n’aura jamais été décevant, bien au contraire.

Un constat d’autant plus sensible que l’imposant MC vient d’un collectif mythique qui ne fournit plus grand-chose de conséquent depuis un bon moment, embourbé dans les embrouilles d’égos, dénigré par les concerts bâclés, jamais sauvé par un disque qui nous ferait tout oublier, et encore moins par leurs fausses bonnes idées, dont le point culminant se trouve dans la récente actualité, l’acquisition au prix de 2 millions de dollars de leur album unique par un ponte de l’industrie pharmaceutique des plus détestables qui soient. Certes, le Wu-Tang est probablement mort, mais Ghostface Killah en est son plus brillant rescapé. Et cela n’est sûrement pas prêt de s’arrêter si l’on se fie aux prémisses entendues de projets en devenir, dont le plus alléchant (et le plus long à venir) s’est vu doté d’un nouveau single-éclaireur cette année, la collaboration en format long avec un autre imposant MC, dans la forme comme dans le fond, DOOM.

Parallèlement, et en plus de tourner aux 4 coins de la planète en son nom ou avec le Wu-Tang, Ghostface aura sorti 2 disques majeurs cette année. Le fabuleux 2ème volume de ses aventures avec le producteur et multi-instrumentiste Adrian Younge et le fruit de sa surprenante collaboration avec le talentueux trio/quartet jazz canadien, BADBADNOTGOOD. Un opus qui vient couronner la volonté de retour aux sources dont fait preuve Ghostface ces récentes années. Le retour à un son live, brut, joué. L’inspiration n’y est jamais très éloignée de l’aventure entamée il y a 2 ans avec Adrian Younge mais dans une version encore plus roots, plus sobre et épurée, gérée de mains de maîtres par le jeune band canadien qui déroule ici une soul rétro qui sert à merveille le flow incisif du MC. Et à Ghostface de leur rendre ce qui leur revient, et de le faire bien, assénant à plusieurs reprises lors de ses concerts en leur compagnie (par ailleurs un de mes meilleurs moments de l’année) : « these guys are the future ». Et là-dessus aussi, nous pouvons être d’accord avec lui.

Morceaux choisis : Mind Playing Tricks - Ray Gun (feat. DOOM)

Young Fathers - White Men Are Black Men Too (Big Dada) :
Dans la catégorie « confirmation de l’année », la palme se verrait décernée au 2ème album du trio écossais Young Fathers, qui avait empoché le Mercury Prize l’an passé avec leur 1er long & qui enfonce ici encore un peu plus loin le bouchon.

Young Fathers reste ancré sur sa position, toujours installé au carrefour des genres et des influences, toujours sous un ciel de plomb, mais il se drape là d’une nouvelle dimension. À leur mix déjà détonant d’électro, de punk, de hip-hop, de soul, de blues et de gospel, les écossais ont injecté un aspect transe encore plus marqué que dans leur précédent LP. Une transe qui n’est pas ici portée par un tourbillon d’effets électro mais à l’inverse, par des boucles de percussions lo-fi & tribales omniprésentes. Elles étaient déjà là auparavant, sous-jacentes, mais désormais elles mènent la danse, aussi glacée soit-elle. Une présence constante qui, ajoutée à leurs parties vocales déjà empreintes de ce même mouvement, vient renforcer un sentiment d’oppression déjà bien réel. Sentiment qui vient contraster avec les quelques élans lumineux qu’ils semblent avoir voulu insuffler dans ce 2ème jet & qui emmène leur univers fusionnel déjà à part encore ailleurs, encore plus loin. À tel point que Young Fathers réinvente encore ici la musique urbaine d’aujourd’hui. Ils viennent même peut-être de mettre au monde un des 1ers disques de world music de nos villes.

Morceaux choisis : Old Rock’n Roll - Shame


Son Lux - Bones (Glassnote)
*morceaux choisis : You Don’t Know Me – Flight

Youth Lagoon - Savage Hills Ballroom (Fat Possum Records)
*morceaux choisis : Again - The Knower

Romare - Projections (Ninja Tune)
*morceaux choisis : Motherless Child - Prison Blues

Algiers - Algiers (Matador)
*morceaux choisis : But She Was Not Flying - And When You Fall

U.S. Girls - Half Free (4AD)
*morceaux choisis : Damn That Valley - Window Shades

Sufjan Stevens - Carrie & Lowell (Asthmatic Kitty Records)
*morceaux choisis : Fourth Of July - Should Have Known Better

RJD2 & S.T.S. - RJD2 x S.T.S. (indépendant)
*morceaux choisis : Don’t Get Played (feat. Amos Lee) - Doin’ It Right