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28 mars 2017

Look Sacré : leur nouvel album Maison-Piège en écoute exclusive

Maison-Piège de LOOK SACRÉ : ton CISM t’en offre l’écoute intégrale en exclusivité. Le voilà qui est sensationnel. Pour en bonifier l’écoute et mieux comprendre, nous avons posé les bonnes questions.

CISM : Allo LOOK SACRÉ on va commencer par le début ok. Vous avez déjà 5 parutions sur Bandcamp depuis 2013, mais Maison-Piège est votre seulement votre 2e sortie officielle, faisant suite à votre maxi Nécromensonge au printemps passé.  Le reste – des laboratoires/sorties non-officielles - à quoi ça sert?
LOOK SACRÉ : Ça sert à commettre les erreurs inutiles pour après se concentrer sur celles essentielles. C’est réellement une question d’honnêteté et aussi de façonner des pistes de lecture et d’écoute pour l’auditeur afin qu’il soit en mesure de mieux comprendre et interpréter où on s’en va dans nos recherches. On pourrait parler là d’une espèce de généalogie de l’esthétique Look Sacré. D’un autre côté et c’est peut-être plus platement, c’était aussi pour aller à l’encontre de l’idée du son soi-disant professionnel, soit tout léché, aseptisé et surtout dépersonnalisé. En gros, on pense qu’on ne va pas loin avec des gants blancs. Bref, on peut peut-être interpréter ces laboratoires accumulés comme un gros majeur borné et juvénile. Il faut bien commencer quelque part.

CISM : Alrite! Anyway vous avez comme l’intention de rebalancer ça en faisant paraître un triptyque, Ainsi parlait Zaratoaster, dont Maison-piège est le premier volet. Vous avez une longue histoire à détailler?
LOOK SACRÉ : Pour être franc, on ne sait pas encore. Elle peut être longue comme elle peut être courte. Si on en savait les conclusions d’avance, ça ne nous donnerait absolument rien de la poursuivre ou même de la commencer. C’est l’histoire d’un gars qui sombre dans les failles du quotidien et qui finit par gober l’univers. Mais ça c’est ni le début ni la fin. C’est ce qui se passe entre les deux qui nous intéressent et qui constitueraient les conclusions réelles. Du reste, j’aimerais te répondre par une citation de Wolfgang Iser, un théoricien de la réception de l’école de Constance : « Un roman passe sous silence ce qui le constitue fondamentalement ». On pourrait en dire autant et ironiquement, d’une chanson, voire d’un album. Ça donne rien de chercher dans les textes ou dans la structure, c’est dans l’expérience du temps que prend le sens des œuvres. En d’autres mots, on cherche à raconter l’expérience de l’indéterminé, voire de l’inachevé.

CISM : Waddup avec les épais qui se complaisent dans la recherche d’une télécommande dans une craque de divan plutôt que de celle du temps perdu, le triomphe de l’horizontalité et l’adieu au lyrisme?
LOOK SACRÉ : On va commencer par le début. Rechercher sa télécommande : un objet de valeur minime prend soudainement celle de l’objet du temps vécu; du temps qui fuit. C’est ce que j’appelle une faille du quotidien. Chercher anxieusement son téléphone pour simplement faire défiler la vie des autres, le regard vide et désintéressé et se rendre compte tout simplement que ça fait pas pire dur notre affaire, c’en est une autre. Retour sur la TV : Tout ça pour ne pas manquer le programme, pour regarder quelque chose qui ne touche pas vraiment. Une télé, ça mange quoi en hiver? Des instants, du présent de l’indicatif. Ça mange des possibilités, ça gave l’œil et ça ne donne pas grand-chose. Jubilation, soulagement de retrouver cette télécommande pour changer le poste. Mais après ça la vie continue moins bien, moins facilement puisqu’on se prend le pied facilement dans une faille et les failles deviennent des tranchées et des ravins et puis des néants, des abysses. Le quotidien va loin, tout bas. Le triomphe de l’horizontalité? C’est le triomphe du son, des oreilles. Ce qui te permet de reconnaître des textures dans le noir, dans l’aveuglement général. Tu te rends compte que tu entends plus loin que tu vois et que finalement, tu ne vois pas grand-chose en voyant le plus loin que tu peux. En écoutant, tu ne sombre pas dans les pièges de la banalité, ceux de la vision : l’image. Cependant, il faut se départir d’un certain lyrisme dans le langage qu’on a décidé de parler, faire table-rase du visuel dans la musique et dans la phrase chantée qui a toujours tendance à s’envoler trop haut pour que la traversée du quotidien reste pertinente. Dire adieu au lyrisme, c’est faire preuve d’honnêteté, rester près des auditeurs, ne pas tricher en s’installant dans un ciel inaccessible qui n’a aucun sens. Grosso modo, c’est ne pas se maquiller de lumière, d’icônes, d’artifices : proposer une expérience qui traverse de bord en bord et surtout, qui ne crée pas d’idoles, de nouvelles complaisances échappatoires dans l’exaltation démesurée du ressentiment humain. On veut communiquer : pas vous regarder/parler de haut.
On en reparlera un jour, certainement.

CISM : Avez-vous un sujet de prédilection? Si oui, c’est quoi / sinon, pourquoi pas, t’sais?
LOOK SACRÉ : Les noms. Connais-tu Régis Stew? Izun Tè? Serge Goku?

CISM : Le matin, êtes-vous plus toast, continental, ou yaourt aux fruits? Pis qu’est-ce que ça dit sur vous, ça?
LOOK SACRÉ : Personnellement, on est plus café-bagel que toast. Personnellement, PL et moi. Côté continental, on est plus philosophie : Heidegger et les Baronets. Louis, si je me souviens bien, c’est trois œufs tournés, un bodum de café pis OK Computer. Avec du lait. Et ce que ça dit sur nous? Qu’on aime se nourrir, j’imagine.

CISM : C’est quoi votre film préféré de maison hantée, piégée, envahie, whatev?
LOOK SACRÉSpirited Away, parce que c’est pas mal une maison hantée, piégée, envahie, whatev, qui y est mise en acte.

CISM : Selon vous, c’est quoi la plus grande question qu’une chanson pop ait posée/soulevée?
LOOK SACRÉ : Posée directement, “And is this what you wanted to live in a house haunted by the ghost of you and me?” puisque toute chanson populaire est en soi le fantôme de sa propre banalité : toi et moi, moi et toi, blablabla. Soulevée : “How does it feel?” Comment est-ce qu’on se sent face à l’exacerbation de l’agonie que constitue une chanson enregistrée? On pourrait penser que c’est la peur de cette exacerbation qui a réduit les chansons populaires à ne durer qu’en moyenne trois minutes et des poussières. L’Histoire raconte que ce sont les limites physiques du support sur lequel on enregistre les chansons qui ont établi le standard de la durée : une mort brève, douce et sans douleur ; sans cruauté. Or, il est plus intéressant de penser que c’est parce qu’on percevait le « 45 tours » en vinyle comme un corps humain et la chanson comme sa personnalité et que trois minutes d’agonie constituaient la durée maximale de souffrance que l’on pouvait leurs infliger. On prend pour acquis qu’on est toutes et tous apeurés par une petite mort. Bien au contraire. Au fil du temps, les chansons sont devenues de plus en plus cruelles et les humains aussi : plus de spectacles de la mort que de vivants spectaculaires. En ce sens, lorsque la Chanson demande "How does it feel?", on a l’impression de retrouver une certaine humanité, une once d’honnêteté comme si elle disait : « Écoute, je sais que tu souffres, mais ça achève, ne t’en fais pas et c’est pas comme si tu ne savais pas dans quoi tu t’es embarqué au départ ».
Bref, on pourrait continuer pendant des heures à réfléchir à ses choses-là.

CISM : Le lancement de Maison-Piège se fait le 4 avril sur Internet. Trouvez un GIF qui représente comment ça va se passer.
LOOK SACRÉ : Deux scénarios possibles :

Praise the sun.