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30 octobre 2020

Francouvertes 2020 : Ariane Roy, Narcisse et Valence en entrevue

Photos : Frédérique Ménard-Aubin

La 24e édition des Francouvertes, célèbre concours de chanson dédié aux artistes francophones du Canada, a eu lieu cette année dans des conditions adaptées à l’évolution des mesures sanitaires. La grande finale se déroulera lundi 2 novembre à 19h30. Rencontre avec les trois finalistes : Ariane Roy, Valence et Narcisse!

 

Toute l’année, l’équipe des Francouvertes a su composer avec l’évolution des mesures sanitaires à Montréal. Et pour cause : le tour préliminaire du concours, qui avait lieu aux mois de février et mars, a dû être brusquement arrêté. Si la finale a lieu ce lundi 2 novembre au cabaret du Lion d’or à Montréal, c’est donc évidemment en ligne que les spectateurs pourront assister à la soirée. Cette version numérique promet d’ailleurs bien des surprises, puisque les deux porte-parole de cette 24e édition, Laurence Nerbonne et Émile Bilodeau, sont attendus sur scène.

Cela dit, les conditions sanitaires ne sont pas le seul fait marquant de cette année. En effet pour la première fois, ce sont trois artistes originaires de la ville de Québec qui accèdent à la grande finale du concours. Une finale aux tonalités pop, qui célèbre la chanson francophone dans toute sa variété. Ariane Roy propose des chansons intimes sur un pop-rock mâtiné de folk, Valence des morceaux enlevés et estivaux aux arrangements léchés, et Narcisse des compositions électro plus sombres mais interprétées avec une énergie débordante.

Tous les trois ont profité du temps supplémentaire pour préparer cette prestation hors du commun, filmée et sans public. Quelques jours avant l’événement, entre stress et excitation, les trois finalistes ont répondu à nos questions dans les studios de CISM à Montréal.

Propos recueillis par Robin Cauche

 

Ariane Roy

FRancouvertesDemi-fianle(c)FrédériqueMénard-Aubin-465 

Ariane, quel est ton état d’esprit à quelques jours de cette grande finale?
C’est sûr qu’il y a un petit stress, qui est normal sans doute. Je pense que c’est un bon stress, que c’est plus une fébrilité. J’ai hâte de jouer sur scène : en ce moment, le spectacle est une denrée rare, donc on est contents d’aller jouer au Lion d’or!

Malgré tout, 2020 est une belle année pour toi : tu repars du Festival International de la Chanson de Granby avec deux prix, finaliste du Cabaret Festif à Baie St-Paul et des Francouvertes. On ne t’arrête plus!
Finalement oui! J’ai été quand même privilégiée cette année – ça n’est pas la meilleure année pour la culture, on le sait. Et puis j’ai eu l’opportunité de jouer cet été, donc je suis vraiment contente. C’est l’année des concours aussi, j’avais fait Destination Chanson Fleuve l’an dernier déjà. Je pense qu’après ça, ça va être assez pour les concours!

Tu te révèles tout de même dans des conditions particulières : la plupart des spectacles sont annulés ou diffusés en ligne. Penses-tu que cela va te forger différemment en tant qu’artiste?
On pourra en reparler dans quelques années! (rires) C’est tellement spécial, c’est l’année où je sors mon premier mini-album. J’avais l’impression que « coudonc c’est quoi ce timing étrange » : je sortais l’album début mars, et deux semaines plus tard tout était cancellé, je n’ai même pas fait le lancement de l’EP! Mais en même temps, j’ai eu la chance de faire des performances. Probablement que ça va faire en sorte que j’aurai vécu des choses de façon différente, on s’en reparlera un jour!

Tu écumes les scènes du Québec et d’Europe depuis plus de deux ans. Qu’est-ce qui t’a amené à créer ce premier EP intitulé Avalanche n.f. en 2020?
Je voulais vraiment être fière de ce que j’allais sortir, que ce soit cohérent avec ma vision, avec où j’étais rendue. Quand j’ai commencé mes chansons, c’était assez folk, j’étais ailleurs. Donc j’ai pris le temps de définir le son que je voulais, de m’entourer comme je le voulais. Certaines chansons ont été écrites six mois avant la sortie du EP, d’autres l’étaient depuis deux ans, c’est un mélange de tout ça. Je pense que j’aime bien prendre le temps de faire les choses.

Tes chansons aujourd’hui sont moins folk et plus pop. Qu’est-ce qui a amené ce changement?
C’est ce que j’écoute le plus! C’est ce qui me fait tripper moi. Et sur scène, je trouve que ça se rend mieux en live. Il y a une énergie qui se dégage de ça avec laquelle je suis plus en cohérence.

C’est moins solitaire aussi la pop, on peut s’entourer d’un groupe.
Exactement!

Ta prestation au tour préliminaire des Francouvertes a eu lieu le 24 février. La finale est le 2 novembre. Comment as-tu vécu ce long arrêt?
En montagnes russes, comme beaucoup de gens. En tant qu’artistes, on avait beaucoup la pression de la création. J’en ai parlé avec des amis, il y avait une ambiance de « ok il faut être productifs, faut écrire, on a du temps », mais en même temps cette pression-là est contre-créative. J’ai pris un moment, il fallait que je digère tout ce qui se passait : le lancement a été annulé, j’ai eu une petite angoisse au début, mais je savais que j’étais privilégiée par rapport à bien d’autres dans cette situation. Finalement, l’inspiration est venue, je me suis mise à réécrire, à composer de nouvelles chansons. Cet été j’ai pu jouer un peu, et au final, ça s’est bien passé.

Jusqu’à présent, quel est ton meilleur souvenir des Francouvertes 2020?
J’ai vraiment aimé la soirée des demi-finales. Je pense que faire un show dans le contexte de pandémie, de zone rouge, c’est un moment vraiment précieux. Et on en profite!

L’EP Avalanche n.f. d’Ariane Roy est sorti le 17 mars 2020. Elle a récemment publié une nouvelle chanson, Ta mainhttps://arianeroy.bandcamp.com/

 

Narcisse

Demi-finales2020(c)FrédériqueMénard-Aubin-2-7 

Tu portes un nom de fleur qui est aussi un prénom masculin. Dans la mythologie grecque, Narcisse tombe amoureux de son propre reflet sans se rendre compte qu’il ne s’agit que d’une image. Que représente pour toi ce nom de scène?
Ça a commencé avec le désir de créer un alter ego. Après avoir composé la chanson « Narcisse » je me suis dit « pourquoi pas créer quelque chose autour de ça ». Et puis, quand on pense aux temps modernes on pense aux réseaux sociaux. Je trouve que les réseaux sociaux sont le lac moderne du mythe de Narcisse. C’est une manière de réinventer le mythe : pour moi Narcisse c’est d’abord apprendre à s’aimer soi-même. Et quand on s’aime soi-même, on apprend à mieux aimer les autres.

Tes chansons sont tantôt énergiques, tantôt planantes, toujours très électro avec beaucoup de synthés. Comment définis-tu ta musique?
On surfe autour de l’électro-pop, évidemment. Mais maintenant, j’essaye d’ajouter des instruments plus organiques comme de la basse ou du saxophone, pour ramener un côté plus humain à ce qu’on connaît de l’électro ou de la pop. Pendant longtemps je me suis concentré sur le chant et la performance, mais j’ai le goût de retourner à mes racines, de reprendre une guitare ou un piano.

Comment te sens-tu à l’approche de cette finale?
Se rendre en finale des Francouvertes c’était une grande surprise, surtout avec le contexte de la pandémie. On est passé en préliminaires en mars, les demi-finales ont été en octobre, je m’étais mis dans un mindset de « on a tellement de chance de faire un show ». Quand j’ai vu le palmarès final je suis tombé des nues, je n’en revenais pas! Surtout que c’est trois bands de Québec en finale!

Est-ce que tu as des rituels pour préparer tes spectacles?
C’est des pratiques, des pratiques, des pratiques! Pour les Francouvertes on s’est dit qu’on allait pousser la mise en scène, donc on a travaillé avec une metteuse en scène de Québec, Laura Amar, pour la conception du show. Ça nous a fait sortir de notre zone de confort, par rapport à la façon dont on abordait les shows dans le passé.

Et jouer devant des caméras, ça se travaille aussi?
C’était déjà à notre avantage, car depuis le début de Narcisse j’ai un ami caméraman, Félix Deconinck, qui nous suivait dans tous les shows. Donc le regard caméra, sentir la présence de la caméra, ce sont déjà des choses auxquelles j’étais habituée. Mais là, il n’y a pas de public, il faut jouer vraiment pour la caméra, et gérer nos énergies d’une manière inédite. On n’avait jamais fait ça avant.

Ton premier EP s’intitule aussi Narcisse, il est sorti en 2019. Mais ce projet existe depuis un peu plus longtemps.
À l’automne 2018, le projet a commencé à « germer » (rires). L’EP est sorti, après ça un single.

Ta présence en finale, ce sont aussi des enjeux de représentation : des communautés LGBTQ+, de la fluidité de genre, de la non-binarité. C’est ton cas, tu es une personne non binaire, tu ne le caches pas, tu es même assez militante. Comment perçois-tu ces enjeux qui, au fond, te dépassent un peu?
Pour moi ça n’est pas vraiment du militantisme. J’ai juste le goût d’être qui je suis, et de ne pas faire de compromis là-dessus. Dans la communauté, il manque gravement de représentativité. Je me dis que plus on en voit plus on en parle, plus on en parle plus des gens vont se dire : « je fais de la musique, je suis queer, est-ce que je peux faire partie de l’industrie, moi-aussi? ». C’est en créant des mouvements comme ça que les choses évoluent. Dans les clips et sur scène, c’est important pour moi que ce soient vraiment des personnes issues de la communauté qui participent. Dans mes chansons je n’en parle pas concrètement, mais c’est dans l’expérience en live que cela prend tout son sens.

Jusqu’à présent, quel est ton meilleur souvenir des Francouvertes 2020?
À notre soirée de demi-finale, on a eu la chance de pouvoir assister aux autres shows, ce qui n’a pas été le cas pour les autres soirées. Au moment où les caméras ont arrêté de tourner, tous les artistes se sont réunis sur le parterre, et on s’est tous applaudis. On a pris ce moment-là en se disant qu’on était quand même choyés et privilégiés d’avoir vécu ça. Ça faisait un bout que je n’avais pas vu un show en live. C’est intéressant de faire au show juste devant des musiciens : l’écoute était vraiment particulière à cette soirée-là, c’était très chouette.

L’EP Narcisse est sorti le 19 avril 2019, suivi par la chanson Icare en octobre 2019. En mai 2020, les six titres de l’EP sont remixés par le producteur montréalais Super Plage. https://narcissecalice.bandcamp.com/

 

Valence

FRancouvertesDemi-finale(c)FrédériqueMénard-Aubin-390 

Valence, tu viens de Québec, mais on a pu te voir en concert à Montréal au mois de septembre, c’était au Village au Pied-du-Courant. Tu as eu un été bien rempli!
Tout à fait, j’ai eu un super bel été! Ça n’était pas ce qu’on avait prévu, j’étais supposé avoir un show au festival d’été de Québec, au Festif. Mais j’ai eu une résidence en Gaspésie avec des amis (dont Ariane Roy), une couple de spectacles dont celui au Pied-du-courant qui était une belle scène! Un beau plateau avec Bon Enfant et Laurence-Anne, c’était génial!

Dans le concours, tu fais partie des artistes dont la prestation a été reportée. Tu devais jouer le 23 mars, ça s’est fait le 29 septembre. Comment tu l’as vécu?
Notre performance au tour préliminaire du concours s’est fait annuler une semaine avant de jouer. On était prêt, on avait passé du temps en résidence de création du spectacle. Finalement, ces six mois m’ont permis de revoir ce qu’on avait monté, et d’adapter le spectacle au nouveau contexte dans lequel on est en ce moment. Ça m’a permis de réfléchir à ce qui allait se passer maintenant qu’on joue devant des caméras.

Ça change vraiment beaucoup de choses, pour toi, les caméras?
Oui, parce que pour moi le spectacle c’est de la communication, je parle à un public. Quand le public n’est pas devant moi, il faut m’adapter. Dans mes spectacles j’ai vraiment l’intention de casser quatrième mur le plus rapidement, et d’intégrer les gens, les inviter à participer. Les préliminaires en septembre, c’était moitié devant public et moitié devant la caméra. Ça crée une ambiguïté, tu ne sais pas à qui tu t’adresses, et tu priorises les gens devant toi. Mais jouer devant la caméra, ça donne la place à des opportunités, à des concepts plus ludiques.

Même si la finale sera sans public, tu resteras bien entouré puisque vous êtes très nombreux sur scène!
On est six en tout, il y a cinq musiciens qui jouent avec moi. On a une bonne proximité.

 

On t’a d’abord connu comme chanteur du groupe Medora. Qu’est-ce que ça change pour toi de te présenter aux Francouvertes en tant qu’auteur-compositeur-interprète?
Dans Medora, je n’écrivais pas les paroles, alors que Valence c’est mon projet. Les musiciens qui sont avec moi sur scène sont des amis, la dynamique est bonne. C’est différent, ça me permet d’assumer mes responsabilités de leader!

Qui sont tes coups de cœur, tes plus belles rencontres de ce concours?
Dope.gng, j’ai adoré. La Fièvre aussi. Ariane et Narcisse, se sont deux projets et deux amis que j’estime beaucoup.

Certains prix ont déjà été distribués et tu remportes entre autres la bourse Paroles et Musique de 1 000 $ offerte par la SOCAN. La bourse s’accompagne d’une résidence d’écriture à Paris ou à Nashville. Alors quand les frontières rouvriront, tu es plutôt Paris ou Nashville?
Je pense que je suis plus Paris. Dernièrement j’ai eu un éveil pour la musique americana, Nashville c’est plus country donc ça m’appelait quand même. Mais je ne suis jamais allé en Europe, c’est un argument qui pèse plus!

Jusqu’à présent, quel est ton meilleur souvenir des Francouvertes 2020?
C’est l’excitation d’embarquer sur le stage aux demi-finales. C’était la première fois qu’on jouait sans public, devant la caméra. Notre auto a pété le jour d’avant, et juste avant d’arriver sur scène mon saxophoniste s’est fait une entorse à la cheville. Donc quand on est arrivé sur scène, tout était rendu possible, il restait juste à s’amuser!

L’EP Cristobal Cartel de Valence est sorti le 31 mai 2019, suivi du single Pruneau en mars 2020. https://maximum-valence.bandcamp.com/

 

Les inscriptions pour la prochaine édition des Francouvertes sont prolongées jusqu’au 15 novembre. Le concours est ouvert aux auteurs-compositeurs-interprètes de la francophonie canadienne.
L’intégralité de ces trois entrevues est à écouter dans l’émission C’est un tube, lundi 2 novembre de 14h30 à 16h au CISM 89,3 FM puis en réécoute au cism893.ca et sur l’application mobile de la station.